Aller à la navigation  |  Aller au contenu

Bibliothèque 19
Editions critiques de textes du XIXe

Première partie

Chapitre 3

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Quelques jours après le tournoi, le baron Jacques Grillaut de Morguen, renfermé de nouveau dans sa maison de Montgerbeau, se sentit un soir pris d’une tristesse très grande, comme si quelque chose fût venu à lui manquer. Et il tournait, les yeux dans le vague, les pages d’un livre qu’il ne lisait pas.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Autour de lui tout était douceur et silence. La salle ronde, formée par l’étage d’une tourelle, prenait son jour par un vitrail plombé fermant une baie dont la forme était en ogive, avec des meneaux de pierre finement sculptés où des démons tourmentaient un moine priant dans des chicorées frisées. Une colonnette avait pour chapiteau un singe.

Les murs gris se couvraient à peine de tapisseries passées qui se détachaient des lambris et de tentures turques dont les vers n’avaient laissé que la corde. Mais la nature même des tissus était difficile à connaître, tant était grande la quantité de choses accrochées qui retenaient la poussière. Sous les lueurs du crépuscule, ces objets dont la forme était comme mangée par l’ombre, se dessinaient vaguement, quand la lumière s’accrochait à leurs saillies. Par endroits, ces choses brillaient. Les élixirs luisaient dans les panses ventrues des flacons. Des liqueurs vertes étaient si transparentes que les derniers rayons du soleil les faisaient miroiter comme des émeraudes ; d’autres envoyaient mille feux, jaunes ou roussâtres, couleur de topaze, chauds comme les fulgurations des grenats, éclatants comme le rubis, onctueux comme le béryl, laiteux comme l’opale où courent des traînées enflammées, et d’autres tenaient en suspension des paillettes d’or.

En face de la fenêtre, le grand fourneau se dressait, éteint, rempli de braises et de cendres fines où se trouvait pris un creuset, et cette absence de feu ajoutait à la tristesse des choses. Une partie de sa tablette était encombrée de fioles, et les étiquettes qui restaient étaient toutes rongées par les sels. Des alambics arrondissaient leurs flancs larges et lisses, allongeaient leurs becs recourbés parmi les cucurbitins1, les filtres et tous les instruments utiles pour la distillerie. Les matras2 à col tortueux posaient par leur fond plat sur la planche contournant la hotte, et, en dessous, le grand soufflet semblait un poisson monstrueux, échoué parmi les scories. Les serpentins et les tuyaux s’enroulaient ainsi que des reptiles dans les branchages, et ils retombaient en masses confuses, comme des paquets de lianes, sur les trépieds de fer, les grandes tenailles, les pinces, entassés comme dans un arsenal de torture.

  • 1  Terme vraisemblablement dérivé de cucurbite, (...)
  • 2  Vase de verre à long col, à base cylindrique (...)

Des poudres noires sortaient des creusets éventrés, envahissaient les coupelles où bombaient des matières rougeâtres, comme spongieuses ; et des lingots corrodés laissaient voir des zones métalliques, rouges, violettes, d’un bleu d’acier, où couraient des traînées argentées, s’étendaient des jaspures d’or. Mais des cristaux azurés baignaient dans un bassin de verre, et la lumière, se jouant à travers leurs prismes, semblait leur donner la vie.

Des crocodiles que la poussière rendait pareils à des troncs d’arbres, d’énormes serpents inégalement bourrés, des carapaces de tortues grandes comme les boucliers des noirs du Mozambique, des poissons ressemblant à des luths, planaient suspendus au plafond. Et ils oscillaient, parfois, comme animés, au-dessus des momies d’ibis, de chats nubiens, de rats de Pharaon nommés ichneumons3 par certains. Des cornes de l’Argali4, si grandes que le renard de la Mongolie y loge pendant l’hiver, étaient couchées sous une table à côté d’ossements de physétères5, de bubales6 et d’oryx, bête d’Éthiopie, que l’on a confondue avec la licorne. La poudre du temps avait tout recouvert d’une couche grisâtre, et les souris y faisaient leur nid.

  • 3  Nom que les Anciens donnaient à une mangouste (...)
  • 4  Sorte de mouflon de Mongolie.
  • 5  Dans le Quart Livre (chap. 33 et 34), (...)
  • 6  Mammifère ruminant d’Afrique de la famille (...)

Sur une bibliothèque s’alignaient des crânes d’hommes et de divers animaux, la tête d’une femme marine, des enfants mort-nés conservés dans de l’eau-de-vie, des pierres tombées du ciel, des coquilles pétrifiées, un bocal en corne de rhinocéros, pour reconnaître les poisons. Mais les rayons du bas pliaient sous des livres dont les reliures de veau étaient encore dorées, par places ; de gros volumes habillés en peau de truie faisaient des taches claires. D’autres tablettes supportaient des drogues diverses, dans des vases rangés avec ordre et bien clos : du curcuma7 et du santal des Indes, le kastouri-bulu8 des Arabes, des pinces de cerf qui guérissent les crampes, le kabartanin de la Moscovie, qui est le musc, des sabots d’élan bons contre les maladies, des bézoards9 du capricorne du Cathay ; des concrétions étaient là, plus précieuses encore, les piedras10 del porco du porc-épic des Indes, qui jette ses piquants à ses ennemis. Il y avait des poisons subtils, des substances qui donnent la mort, de loin : la mandragore, qu’il faut cueillir à la clarté de la lune, la ciguë, dont le froid tue, le sang durci du basilic, animal dont la vue seule fait mourir. Et dans des fioles de cristal, faites par les Vénitiens, étaient un lyncurius, gemme sans prix, qui est l’urine du lynx dont la chair desséchée préserve du vertige, une cervelle de lièvre ayant changé son sexe, des raclures de cornes de licorne, des dents de dragon, du venin damphisbène, serpent qui a deux têtes.

  • 7  Plante herbacée vivace de la famille des (...)
  • 8  ??
  • 9  Concrétion pierreuse qui se forme dans le (...)
  • 10  Pierres, en espagnol.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Mais une araignée faisait sa toile au coin de la fenêtre. Elle sortit de son fourreau soyeux et happa une mouche jaune, rayée de brun, qui voltigeait, battant de l’aile la verrière enchâssée de plomb. De Morguen en demeura comme attristé, car il n’aimait point le meurtre. Il se renfonça dans sa grande chaire où il était assis sur un coussin de velours tanné dont le crin s’échappait par un accroc, et il s’appuya le front sur sa main gauche. La droite était posée sur le livre de l’Inconnu qui a écrit sur les opérations spagyriques11, et le manuscrit avait été annoté par le grand Paracelse12. Mais une écritoire de corne s’était renversée à côté sur un ouvrage arabe, et l’encre noire, serpentant sur les papiers, tombait par terre en gouttes lourdes, tachant le carreau blanc où les dalles rouges dessinaient un réseau polygonal.

  • 11  Qui appartient à l’ancienne chimie ou à (...)
  • 12  Philosophe, médecin et alchimiste suisse (...)

Il se mit à parler à mi-voix, s’adressant à lui-même :

— Morguen, mon bonhomme, tu es dans la décadence. Tu as fait là une belle équipée et dont tu peux être fier. Bonne idée, vraiment, que d’être allé à ce tournoi ! Te voilà maintenant amoureux comme un sot et fâché sans doute avec Fugger13 d’Augsbourg, à qui tu avais promis de venir travailler avec lui. Que le grand Hermès m’assiste, mais je suis pris de mal d’amour ! Et je me suis assez moqué, pourtant, de tous ceux qui en étaient frappés !

  • 13  Les frères Fugger étaient de riches (...)

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Il se rappelait les Égyptiennes, expertes à vaticiner sur l’avenir en agitant un voile noir, par les nuits sans vent, au-dessus des sépulcres, lui prédisant qu’une femme ferait le malheur de sa vie. Mais il en avait ri, et puis il oublia cette prophétie qu’on lui avait faite au Caire où il s’était glissé sous le déguisement d’un derviche. Elle lui revenait aujourd’hui à l’esprit, comme une chose importante, et dont il se sentait gêné.

Depuis ce tournoi il ne rêvait plus, lui aussi, qu’à Madeleine de Gardefort, la voyait passer devant lui, la nuit, le jour. Elle le hantait, devenant une partie de sa vie. Elle lui apparaissait dans un rayon de soleil tombant sur les dalles ; il la devinait dans la vapeur des fourneaux, ses traits se traçaient dans la fumée des acides ; c’était son portrait qu’il apercevait sur les pages des livres.

Et il se prêchait, s’étant interdit d’aimer ; car il était de ceux qui considèrent l’amour comme une faiblesse et méprisent la femme comme un vase creux, sonore et vide, voyant en elle un abîme sans fond d’iniquité et de bêtise. Il ressassait tous les lieux communs qui servent à la décrier, se réjouissait des paroles de Salomon14, se remémorait les épigrammes de Palladas15 :

  • 14  Référence probable au livre des Proverbes (...)
  • 15  Poète grec du iv e s. (...)

— En toutes régions elles sont les mêmes ! Oiseaux criards à plumage brillant, sans tête ni cœur, pleins de babillages et de mensonges !

Se rappelant toutes celles qu’il avait rencontrées, il les tenait dans la même estime. Il les connaissait comme formées dans un pareil moule ; aussi s’était-il toujours abstenu de lier commerce avec elles, car il cédait rarement aux aiguillons de la chair et ne gardait pas souvenir des faiblesses où il s’était laissé aller, au hasard des routes. Aujourd’hui, plongé dans l’étude, il s’était complètement ressaisi et se croyait son maître.

Sa jeunesse, nourrie de fortes études, s’était passée errante à travers le monde. Libre de bonne heure par la mort de ses parents, il avait versé dans les aventures, parcouru les Indes où les brahmes16 adorent des déesses dont les yeux de pierreries brillent au fond des sanctuaires, pénétré avec les Portugais dans le pays des essences précieuses, de la nacre et des épices. Dans les Moluques17, il avait vécu avec les marchands de muscade, bataillé contre les Malais, conquis les bonnes grâces du sultan de Ternate18, vu ses deux cents femmes vêtues de soie blanche, dansé des canaries19 processionnelles avec les poutries20 et les bockies21 en couronnes de fleurs du frangipanier dont le parfum excite l’amour. Il avait atteint Tidore22 dont la haute montagne est surmontée d’un panache de flammes, Halmaheira23 où Saavédra avait élevé un fort. Il était difficile d’aller plus loin, car, au dire des pilotes, on trouvait bien encore, vers le sud, quelques îlots dangereux, puis ce n’était plus qu’une mer sans fin. Cependant, sa caravelle avait mouillé dans les criques des grandes îles de l’Est, où vit le manucodiaque24. C’est un oiseau rare, semblant fait de verre filé, couleur d’écarlate, et sa queue porte deux mains avec lesquelles il se suspend aux arbres. Comme l’oiseau de paradis, qui a la même patrie, il n’a point de pieds et niche dans les rayons du soleil. C’est le roi des oiseaux ; il les guide, goûte avant eux l’eau des sources, de peur qu’elle soit empoisonnée, et il les prévient des embûches des hommes.

  • 16  Mis pour brahmanes : membres héréditaires (...)
  • 17  Archipel indonésien.
  • 18  Île appartenant aux Moluques du nord.
  • 19  Gigue aux figures étranges évoquant une (...)
  • 20  
  • 21  
  • 22  Autre île des Moluques du nord, couronnée (...)
  • 23  La plus grande île de ce même archipel. Le (...)
  • 24  Manucodiata (la leçon manucodiaque, inconnue (...)

Il revoyait maintenant la forêt vierge, si grande, avec ses arbres hauts et droits, montant comme les piliers d’une nef gigantesque. Et, heureux d’échapper à lui-même, il se replongeait, par la pensée, dans cette atmosphère surchauffée, chargée d’effluves balsamiques, ruisselante de gouttelettes de pluie, et il songeait à cette obscurité bleuâtre que le soleil ne parvenait pas à percer.

Que n’était-il resté avec ces prêtres portugais qui le suppliaient de ne point partir ! Mais sa soif des nouveautés était si grande qu’il lui avait fallu aller à Luçon, à Manille, et aussi à l’île de Banka, où les Malais exploitent des mines d’étain. Et puis il avait continué à voyager, pour apprendre. Dans les hypogées de l’Égypte, il avait cherché à surprendre les secrets des morts ; et des vieux, persécutés par les gens de Mahom, lui avaient révélé le mystère du scorpion. Il se rappelait leur voix chevrotante, quand ils lui disaient les arcanes que leurs ancêtres tenaient des derniers sacerdotes : la mort d’Osiris, le Rituel des Juges, le Livre des Âmes, la douleur d’Isis, le dévouement du fidèle Anubis, les cynocéphales25 gardiens des tombeaux. Et, encore, il s’en était allé, pour entendre la parole des Parsis26 et des Guèbres27, adorateurs du feu, qui font manger leurs morts par les oiseaux du ciel. Il ne s’était pas scandalisé de ces choses, non plus que des sorciers des Nègres. Ceux-là n’étaient cependant guère sages, car ils clouaient les crânes des voyageurs au tronc des arbres et s’imaginaient que les harpes suspendues aux branches des sycomores étaient touchées la nuit par les Esprits. Ce qui l’amena à penser aux derviches qui tournaient, à en mourir, avec des robes en forme de cloche ; d’autres se tailladaient le visage avec des lames tranchantes, et ils paraissaient pleurer du sang ; d’autres, encore, exhibaient, au son des flûtes, des serpents enroulés dans des corbeilles, et puis ils les faisaient danser.

  • 25  Singes de haute taille, à tête ressemblant (...)
  • 26  Une des minorités religieuses de l’Inde, (...)
  • 27  Minorité religieuse perse.

Les hommes pouvaient être, après tout, aussi extravagants que les femmes. Et il restait pensif, regrettant peut-être d’avoir, en renonçant à l’action, détrempé son esprit et rendu son cœur plus mou. Et il se déclara qu’on ne devait croire à rien. Car les religions ne sont que des travestissements successifs d’une idée première ; sciences sans objet, elles ne sauraient suffire à ceux qui, comme lui, cherchaient l’absolu, poursuivaient la raison de la vie, le pourquoi des choses.

Il se prit à se demander pourquoi il se trouvait sur la terre. Que lui importait la vie ? Elle était vide et triste comme un foyer sans feu. Et pourtant il était encore très jeune ; mais on le croyait vieux, parce qu’il avait tout appris.

— J’ai toujours vécu seul, et beaucoup m’ont traité de fou. Enfoui dans l’étude des livres, j’ai méprisé le monde, depuis que mes voyages ont pris fin. Et ç’a été là mon tort, peut-être, et pourquoi je suis fatigué de tristesse.

Et il songeait à l’inanité de l’érudition, à la vanité de la science, à l’incertitude des livres. Il avait tout lu, sur l’art hermétique : Zozime28, Synésius29, Isidore30, Philarète31, Sergius32, d’autres encore, sans compter Sophé l’Égyptien33 et l’astrologue Pétosiris34. Sans aucune aide, il avait résolu l’énigme de la Sibylle ; et les deux Hollandais35, Rhasès36, Basile Valentin37, Paracelse même ne lui paraissaient pas avoir mené la science bien au delà. Il était, d’ailleurs, connu maintenant parmi les alchimistes qui vénéraient, amis des anciens rites, le grand Hermès Trismégiste, Agathodémon38 et Jean, archiprêtre de la Tuthie en Évagie39. Mais cette gloire lui importait peu, car il ne se souciait guère à présent de ceux qui étudient les pierres, qui connaissent le pouvoir du feu, la nature des subtils esprits renfermés dans le sein de la terre.

  • 28  Alchimiste grec (fin du iii e ou début du iv e (...)
  • 29  Évêque (fin du iv e- début du v es.) auteur (...)
  • 30  Isidore de Séville (c. 560-636) auteur des Ety (...)
  • 31  Autre correspondant de Démocrite [à (...)
  • 32  Alchimiste grec.
  • 33  Auteur suppose d’un Livre de vérité (...)
  • 34  Astrologue égyptien qui vécut au iv e s. (...)
  • 35  Jean Isaac et Isaac, dits les Hollandais, (...)
  • 36  Philosophe hermétique persan (x e s.). (...)
  • 37  Religieux bénédictin, auteur présumé des Do (...)
  • 38  Alchimiste mythique. C’est aussi le symbole (...)
  • 39  

Il y avait, du reste, exagération dans leurs dires, car Léonard de Vinci les avait combattus en affirmant que les hystéropètres, glossopètres40 et autres pierres singulières ne sont point créées par les étoiles. Et, pensant aux glossopètres, il se rappelait ces cailloux, dont Pline nota la ressemblance avec la langue de l’homme et qui tombent du ciel pendant les éclipses de lune. Il eut un sourire amer ; car il lui revenait à l’esprit, au milieu du fatras de la science, que les magiciens regardent ces céraunies41, sans doute engendrées par la foudre, comme la chose nécessaire quand on aspire aux faveurs des belles.

  • 40  Outil préhistorique de pierre, en forme de (...)
  • 41  Variété de jade que les Anciens croyaient (...)

Un petit coffre, qu’il atteignit sur un rayon, était plein de ces pierres étroites. Elles ressemblaient à des pointes de flèches, et ce n’était, sans doute, que des éclats de silex, comme l’avançaient certains esprits indépendants. Pourtant, dans sa main, aux doigts fins et déliés comme ceux d’une femme, il les tournait et les retournait, les maniant avec une religion secrète, comme s’il voulait se convaincre, d’une façon plus intime, de leur possession et du pouvoir que peut-être — après tout — elles étaient habiles à lui donner.

Il est des choses plus extraordinaires, raisonnait-il ; la chaleur centrale de la terre peut suffire, suivant certains, à engendrer des créatures vivantes qui se dégagent peu à peu de la matière grossière des roches. Ainsi apparaît la vie. En Éthiopie, il existait des marais où se formaient des dragons. Les voyageurs des caravanes lui avaient raconté ces choses qui se passent au pays de la poudre d’or. On voyait dans la boue des monstres étranges, à moitié formés, encore pris dans le limon créateur par le train de derrière ; ils ouvraient la gueule, remuaient leurs pattes et sifflaient pour saluer le soleil levant.

Cela lui rappela l’Afrique, et il rêvait d’y retourner faire un grand voyage, chez les nègres du Sénégal, pays qui méritait d’être visité. Il y avait tant d’or, que les femmes en poudraient leurs cheveux. On pourrait revenir de là riche à tout jamais. Mais il se souciait peu de la richesse, car il avait assez de bien pour vivre tranquille, sans chercher à se pousser dans le monde. La pierre philosophale ne le tentait même plus, et il suspectait l’alchimiste Olympiodore et sa formule de l’Écrevisse42, vague et mystérieuse, soi-disant bonne pour transmuter les métaux.

  • 42  Formule de l’Écrevisse ou du Scorpion, (...)

Et, déversant son mécontentement sur l’auteur grec, il fit la critique de la diplosis43 et nia les propriétés de la tuthie44. Ce n’était, après tout, que du cuivre et du plomb, avec une substance inconnue. Et, d’ailleurs, tous ces vieux alchimistes l’irritaient avec leurs mystérieuses histoires, et il méprisait ce chaos augmenté encore par ce que les femmes avaient écrit sur la matière.

  • 43  Transmutation.
  • 44  Oxyde de zinc impur résultant de la (...)

— Que de sottises n’ont-elles point avancées !

Et il rendait Théosébie45 responsable des extravagances des gnostiques. Marie la Juive46 n’avait pas fait moins de mal, car elle n’avait pas bien saisi la parabole du serpent Ouroboros47, et était tombée dans les exagérations des Ophites48. À peine pardonnait-il à Cléopâtre la Savante49, uniquement parce qu’elle avait laissé un traité des poids et mesures des Grecs et des Égyptiens. Et, malgré lui, songeant à ces femmes, sa pensée revint vers Madeleine ; il se demanda si ce n’était point un maléfice, et il résistait à l’obsession. Mais un sentiment, pour lui indéfinissable, l’alanguissait, il se sentait envahi par une douleur cependant très douce, et son cœur était comme allégé ; une griserie gagnait son esprit.

  • 45  Sœur de Zosime.
  • 46  Alchimiste du iv e s. avant J.-C. Connue pour (...)
  • 47  Voir plus bas.
  • 48  Membre d'une secte gnostique du IIe s. qui (...)
  • 49  Cléopâtre, femme alchimiste qui paraît (...)

Il se lamentait, pourtant, de cet amour, le considérait comme une tare, essayait de se raisonner et se poussait à l’amertume.

— C’est une enfant, d’ailleurs, se dit-il, et j’en ai vu d’autres ! En quoi cette petite pécore peut-elle m’intéresser ? C’est quelque huguenote à esprit étroit, rigoriste, niaise comme une Agnès. Qu’ai-je à faire avec cette péronnelle ?

Mais de la péronnelle il voyait tout à coup luire les yeux, presque couleur de violette, et ils lui paraissaient avoir la profondeur des mers sans fond où les pêcheurs du golfe de Perse plongent à la recherche des perles blondes. Et il revenait à ses souvenirs, aux brises de l’Inde qui passent, sur les palmiers lourds de fruits, comme une caresse, aux océans de verdure descendant jusqu’à l’eau salée. Les alcyons50 faisaient leurs nids sur les flots et se querellaient avec l’oiseau des tropiques51, les dauphins se jouaient en cercles, l’ambre gris52 flottait par endroits. Puis, dans les petites baies, on voyait, sous la vague plus pure que le cristal de roche, les coraux en fleur, les anémones marines, les madrépores53 figurant des gâteaux de miel, et les étoiles de mer dont les bras sont hérissés de piquants. Les poissons rouges ou bleus, lamés d’or, rayés de noir, tigrés de fauve, avec des yeux orangés, passaient brillant dans l’eau comme des vases émaillés. Certains sont ronds et plats comme des assiettes, d’autres allongés et tranchants comme des couteaux ; les scares54 ont des becs de perroquet, les diodons55 ont un corps hérissé comme une pelote chargée d’épingles, les hippocampes ressemblent aux cavaliers des échecs, les poissons volants à des oiseaux.

  • 50  Oiseau de mer fabuleux, au chant plaintif (...)
  • 51  Oiseau du/des tropique(s). Oiseau du genre (...)
  • 52  Substance organique molle, de couleur (...)
  • 53  Genre de polypiers calcaires, dont les (...)
  • 54  Poisson de mer oblong, acanthoptérygien, à (...)
  • 55  Poisson osseux distinct du tétrodon par son (...)

Oh oui ! certes, il aurait mieux fait de s’en tenir aux voyages et à l’étude, sans chercher les occasions de perdre sa tranquillité. Et il songeait que ses trente ans étaient passés, depuis quelques mois, qu’il avait l’air austère et n’était guère un galant pour cette jolie fille. Elle lui préférerait, sans doute, ce bellâtre qu’il avait si bien marqué de son épée.

Il rit à ce souvenir ; ses nerfs s’en détendirent d’autant, et il se replongea dans l’étude. Un moment, il se crut capable de travail et se baissa, saisit un gros livre à ses pieds. C’était l’œuvre de Paracelse qu’il avait collationnée avec des gloses manuscrites sur des pages de parchemin interfoliées et aussi sur les marges. Avec satisfaction il relisait les lignes régulières de sa grande écriture bien formée, et il s’arrêta sur ce passage :

« Le serpent est pour les Ophites le symbole de la Divinité même, du principe de toutes choses. Fils du limon qui l’entoure, il s’y nourrit, prouvant ainsi la puissance de la matière humide. Subtil, bienfaisant, inengendré, il enserre de ses replis cette substance première sans laquelle ni lui ni rien ne sauraient exister. Telle est la religion des Ophites, des Naasséniens56 qui adoraient Ouroboros à Hiérapolis en Phrygie. Ouroboros, serpent qui se mord la queue, est le principe et la fin de toutes choses. »

  • 56  « Le serpent qui se mord la queue était (...)

Et il médita sur la parenté du serpent d’Agathodémon, tout en feuilletant une notice critique qu’il avait faite sur la Magie naturelle, de Porta57. Puis, il reprit Paracelse à parti58, car cet empirique n’avait pas craint d’avancer qu’il formerait, quand il le jugerait convenable, de petits hommes au moyen de procédés alchimiques et magiques, et qu’il leur donnerait la vie59. Cette hardiesse lui déplut, et il prit une note dans Rhasès pour appuyer le témoignage de Basile Valentin sur la nature exacte de la diplose.

  • 57  Giovanni Battista della Porta, (né à Naples (...)
  • 58  L’édition de référence porte : « à (...)
  • 59  Paracelse et sa recette pour la création (...)

Mais il envoya tout au diable, pensant à Madeleine malgré tout, et il lança le livre contre la porte, ce qui faillit écraser un visiteur qui pénétrait sans frapper.

— C’est toujours un tort d’appeler le diable, proféra sentencieusement le nouveau venu, surtout en ces temps où la tentation est toujours près de nous !

— Et cum spiritu tuo, approuva de Morguen. Ah ! j’oubliais ! Vous êtes de ceux qui ont fait vœu de ne plus parler à Dieu qu’en français. Et comment, vous voici, mon cher Nicolas ! Eh, venez que je vous embrasse !

Se haussant sur ses pointes, de Morguen réussit à donner l’accolade au grand Nicolas, qui était de ces gens pour lesquels les portes basses sont toujours un danger de mort, car ils pensent à chaque instant s’y briser le front.

Nicolas lui demandait pourquoi, à cette heure, il cassait tout chez lui. De Morguen, heureux de trouver un cœur ami en qui déverser ses peines, égrena son chapelet :

— Je suis le dernier des hommes et le plus sot. Croirez-vous que je suis devenu amoureux !

Nicolas avoua que c’était là une chose au moins inutile ; son âme, à lui, n’avait jamais connu ces troubles. Assis en une chaire perdue dans un fouillis d’objets sans nom, il en avait soigneusement surélevé le siège poussiéreux avec le livre de Paracelse. Et il demeurait immobile, les mains sur les genoux, dans cette attitude hiératique que conserve depuis des siècles la statue de Memnon aux déserts égyptiens.

Il était vêtu très simplement, de bon drap de couleur sombre, avec un surtout de peau de cerf ; et il disparaissait à demi dans l’ombre qui commençait à tomber. Sous les larges bords de son chapeau de pluie, son visage apparaissait beau, empreint d’une douceur un peu lourde. Sa barbe noire, taillée en pointe, laissait voir quelques poils argentés, bien qu’il n’eût point dépassé trente ans, et ses cheveux étaient gris aux tempes.

M. Nicolas de Collangis était un très bon seigneur, quoique d’assez mince noblesse, et qui n’avait point de bien, ou si peu que rien. Il vivait avec les gentilshommes de M. l’Amiral, dans le château des Noyers, et venait de temps à autre visiter un sien oncle qui habitait aux environs de la Trémouille. Et jamais, alors, il ne manquait de pousser jusque chez le baron de Morguen, son ancien compagnon d’études, pour qui il professait une vénération sans mesure, malgré ses mauvais principes religieux. Lui n’avait jamais éprouvé les angoisses du doute, subi les défaillances de la raison.

Parmi les gentilshommes avec qui il guerroyait, il s’était fait la réputation d’un simple. Car il ne prenait point sa part dans les pillages, ne réclamait pour soi l’or, les meubles, les femmes qu’on se distribuait par le sort après l’incendie des maisons. Il protégeait même les filles et n’entendait point qu’on les livrât aux soldats, là où il avait l’autorité à exercer. Aussi, pour ce fait, était-il généralement peu chéri, comme tous ceux qui n’aiment point à rire, et les ministres trouvaient que son zèle manquait de chaleur. À la cour, il n’avait eu que peu de succès malgré sa belle figure et sa haute stature, ayant rabroué les filles d’honneur de Mme Catherine, qui rôdaient autour de cet homme à forte encolure dont les doigts tordaient, en se jouant, un lourd plat d’argent. Et, deux jours avant la fin des fêtes, il avait demandé à l’Amiral la permission de s’en aller, trouvant que ces dames ressemblaient plus à des Chananéennes qu’à des filles de Sion. On rit longtemps de cette histoire au jeu du Roy.

De Morguen avoua à Nicolas que Mlle de Gardefort lui avait troublé le cœur et l’esprit.

— Mais vous ne la connaissez sans doute même pas ? Et cela ne doit guère vous intéresser.

— Je la connais très bien, au contraire, déclara Nicolas, et son père aussi. Figurez-vous, mon maître, que je l’ai portée dans mes bras, l’an dernier, pour lui faire passer un ruisselet. Oui, je l’ai transportée, elle et vingt-quatre autres dames, l’une après l’autre, s’entend. L’eau était grosse, et toutes ces petites femmes avaient peur de se mouiller les pieds…

— Comment ! interrompit de Morguen. Vous avez porté Mlle Madeleine !

Et, malgré l’ombre toujours croissante, il admira son ami qui, toujours assis dans la chaire, avait gardé sa posture de colosse égyptien, puis il ajouta :

— Vous avez de la chance !

— Si vous aviez été là, vous auriez pu vous en charger tout comme moi, et cette fillette ne pèse pas lourd. Elle doit avoir dix-sept ans, peut-être, et il est temps de la marier, j’imagine. Pourquoi ne demandez-vous pas à son père de vous la donner en mariage ?

Cette solution si simple troubla profondément le baron, tant cette manière prosaïque d’arranger les choses le trouvait sans réponse.

Cependant, Nicolas donnait du corps à son idée :

— Oui, telle est ma pensée, et je la crois bonne. En tout il faut marcher par les voies droites. Au lieu de rester comme une chauve-souris dans ce capharnaüm à vous faire de la bile et à rêvasser sur des malheurs qui n’en sont pas, allez donc un matin voir le bonhomme Hugues à Gardefort, et mettez les fers au feu.

Il s’arrêta, embarrassé, et se gratta l’oreille. Une objection se présentait, et des plus graves :

— Je me rappelle maintenant que M. de Gardefort a déclaré maintes fois qu’il ne donnerait jamais sa fille à un catholique. Voilà qui va mal pour vous !

De Morguen était un homme à résolutions promptes, et il déclara que cela allait très bien, au contraire :

— J’ai toujours eu l’intention de pratiquer quelque jour la religion réformée, parce que je la crois la meilleure. D’ailleurs, l’inactivité me pèse, et je prendrais volontiers les armes avec M. l’Amiral si l’on venait à suspendre encore les édits.

Il ajouta d’autres mensonges encore, pour se gagner définitivement Nicolas, qu’il voulait prendre comme intermédiaire. Le grand huguenot ne se sentit pas de joie, car une de ses faiblesses était le prosélytisme. Se levant, il saisit de Morguen dans ses bras, et l’embrassant à l’étouffer :

— Quoi, vous feriez cela ? Eh bien, je vous le dis sincèrement, je suis votre homme en cette affaire. M. de Gardefort me doit la vie. Dans une petite bagarre, je l’ai dégagé en assommant une douzaine de stradiots qui voulaient le mettre à mort. Une fois tiré la presse, le vieux baron m’a dit tout simplement : Nicolas, d’aujourd’hui, ma personne et mes biens sont tiens, je te donne ma foi d’accueillir toute requête qu’il te plaira de m’adresser. Eh bien ! ma requête est toute prête. Dans quelques jours je m’en irai trouver M. de Gardefort, j’irais même demain s’il ne fallait que je parte. Je lui rappellerai sa promesse et lui demanderai la main de sa fille pour mon ami le baron Jacques Grillaut de Morguen, une des fortes têtes futures du parti !

Et, avant de s’en aller, sur le seuil jusqu’où Jacques le reconduisit, il le considéra avec satisfaction en s’écriant :  

— Quelle belle mine vous aurez sous l’écharpe blanche !

Il revint dix jours plus tard, vers la mi-août. Mais quand les deux amis arrivèrent au château de Gardefort, ils apprirent à la porte une assez grave nouvelle. M. le baron avait tiré l’épée contre le comte de Bernage, et on avait failli s’égorger dans les appartements et les escaliers.

Notes

1  Terme vraisemblablement dérivé de cucurbite, qui désigne la partie inférieure de l’alambic, récipient d’étain, de cuivre ou de verre, dans lequel on met les substances que l’on veut distiller et au-dessus duquel on adapte le chapiteau.

2  Vase de verre à long col, à base cylindrique ou ovoïde, employé dans les opérations de laboratoire.

3  Nom que les Anciens donnaient à une mangouste qui détruisait les serpents et les œufs des crocodiles. L’ichneumon était adoré par les anciens Égyptiens. On dit aussi Rat d’Égypte.

4  Sorte de mouflon de Mongolie.

5  Dans le Quart Livre (chap. 33 et 34), Pantagruel combat un animal marin monstrueux appelé « Physetère ».

6  Mammifère ruminant d’Afrique de la famille des antilopes, à train arrière surbaissé, à face allongée et aux yeux placés à la racine des cornes dont la courbure brisée a la pointe dirigée vers l’arrière.

7  Plante herbacée vivace de la famille des Zingibéracées poussant en Asie, dont le rhizome tubéreux est utilisé comme colorant jaune dans la teinture de matériaux (tissus, bois, cuir, papier, etc.), comme aromate dans certains mets et comme stimulant dans des préparations pharmaceutiques. La racine du curcuma long est aussi appelée safran des Indes ou de l’Inde.

8  ??

9  Concrétion pierreuse qui se forme dans le corps de certains animaux et à laquelle on attribuait autrefois des propriétés curatives et des vertus magiques. On écrit : bezoard, bézoard, besoar, ou bésoar.

10  Pierres, en espagnol.

11  Qui appartient à l’ancienne chimie ou à l’alchimie ; qui s’en sert.

12  Philosophe, médecin et alchimiste suisse (1493-1541) qu’on a surnommé le Luther de la médecine.

13  Les frères Fugger étaient de riches banquiers. Un membre de la famille, appelé Fugger de Schwatz, s’intéressa à la transmutation des métaux. Paracelse travailla avec lui.

14  Référence probable au livre des Proverbes dont la tradition attribue la paternité au roi Salomon.

15  Poète grec du iv e s.

16  Mis pour brahmanes : membres héréditaires de la caste sacerdotale, la première des grandes castes de l’Inde.

17  Archipel indonésien.

18  Île appartenant aux Moluques du nord.

19  Gigue aux figures étranges évoquant une danse de sauvages et passant pour originaire des îles Canaries.

20  

21  

22  Autre île des Moluques du nord, couronnée par un volcan culminant à 1 730 m.

23  La plus grande île de ce même archipel. Le général espagnol Alvar de Saavedra découvrit les Moluques en 1528 en partant du Mexique. Aujourd’hui, on écrit : Halmahera.

24  Manucodiata (la leçon manucodiaque, inconnue des dictionnaires, pourrait être une coquille) est le nom indien de l’oiseau de paradis. Buffon ne fait aucune différence entre les deux espèces.

25  Singes de haute taille, à tête ressemblant à celle du chien par un museau allongé tronqué à l’extrémité, des crêtes sourcilières très développées et un front effacé, qui étaient très connus dans l’Antiquité et dont les Égyptiens firent des animaux sacrés.

26  Une des minorités religieuses de l’Inde, venue de Perse – d’où son nom. Elle a conservé depuis le viii e s. la foi zoroastrienne de ses ancêtres : culte du feu, temples décorés de taureaux ailés, etc. C’est surtout pour leurs rites funéraires que les Parsis sont connus : ils exposent leurs morts au sein de structures appelées Tours du silence, où le soleil et les becs des vautours accélèrent leur disparition.

27  Minorité religieuse perse.

28  Alchimiste grec (fin du iii e ou début du iv e s.) qui a joui d’un immense prestige auprès de ses successeurs qui l’appelaient « la couronne des philosophes » ou « le divin Zozime ».

29  Évêque (fin du iv e- début du v es.) auteur de commentaires sur le livre de Démocrite adressé à Dioscore, prêtre du grand Sérapis, à Alexandrie. D’après Pline, Démocrite est le père de la magie.

30  Isidore de Séville (c. 560-636) auteur des Etymologiae considérées comme la première encyclopédie médiévale [à vérifier].

31  Autre correspondant de Démocrite [à vérifier].

32  Alchimiste grec.

33  Auteur suppose d’un Livre de vérité attribué à Zozime ou Démocrite.

34  Astrologue égyptien qui vécut au iv e s. avant J.-C. La Sphère de Petosiris est destinée à pronostiquer l’issue des maladies en s’appuyant sur certaines combinaisons numériques.

35  Jean Isaac et Isaac, dits les Hollandais, père et fils ayant apparemment vécu au xv e s. Les ouvrages qui portent le nom d’Isaac le Hollandais renferment la description d'un très grand nombre de procédés de chimie, qui, bien que dirigés d’après des vues alchimiques, sont restés dans la science comme la suite des travaux de Geber. Il paraît que Isaac le Hollandais a été un habile fabricant d’émaux et de pierres gemmes artificielles et il a décrit sans arrière pensée ses procédés pour la préparation de ces produits artificiels.

36  Philosophe hermétique persan (x e s.).

37  Religieux bénédictin, auteur présumé des Douze Clefs de la Philosophie (1599).

38  Alchimiste mythique. C’est aussi le symbole du Nil, adoré en Égypte au temps des Ptolémées. On le représentait sous la forme d’un serpent, dont le corps était replié en nombreux anneaux, la queue terminée en fleur de lotus ou en épis, et portant sur la tête un diadème royal.

39  

40  Outil préhistorique de pierre, en forme de langue, que l’on croyait autrefois être des pierres tombées du ciel. Cf. « Des glossopètres tombés de la lune » (FLAUB., Salammbô, t. 1, 1863, p. 146).

41  Variété de jade que les Anciens croyaient formée dans les nuages par temps d'orage, puis précipitée sur terre par la foudre (cf. néphrite).

42  Formule de l’Écrevisse ou du Scorpion, réputée contenir le secret de la transmutation. On la trouve dans plusieurs traités alchimiques, et elle est interprétée par Marcellin Berthelot dans son Introduction à l’étude de la chimie des anciens et du Moyen-âge, Paris, Georges Steinheil éditeur, 1889, p.152 [en ligne sur Gallica].

43  Transmutation.

44  Oxyde de zinc impur résultant de la calcination de certains minerais et entrant dans la préparation de certains collyres.

45  Sœur de Zosime.

46  Alchimiste du iv e s. avant J.-C. Connue pour ses exigences de précision dans la réalisation des expériences, elle aurait inventé un appareil qui est toujours utilisé de nos jours : l’alambic, dispositif destiné à la distillation des liquides. Ce serait également elle qui serait à l’origine du bain-marie, système qui consiste à réchauffer un produit contenu dans un récipient en le plongeant dans un récipient plus large rempli d’eau chaude

47  Voir plus bas.

48  Membre d'une secte gnostique du IIe s. qui vouait un culte au serpent et voyait en cet animal un symbole du Messie. Cf. « Antoine effrayé se bouche les oreilles, pousse un cri, et la foule des hérésies s'entr'ouvre pour donner passage au chœur des ophites, portant un immense serpent-python à couleur dorée, avec des taches de saphir et des taches noires » (Flaubert., Tentation, 1849, p.255).

49  Cléopâtre, femme alchimiste qui paraît avoir vécu vers le IIe s. de notre ère. Elle avait composé divers ouvrages cités par les auteurs alchimistes du siècle suivant, tels que Zosime et Olympiodore, notamment un petit livre sur les poids et mesures des Grecs (livre dont nous possédons un extrait imprimé et reproduit par les ouvrages modernes sur ce sujet), et un Traité sur la distillation. Les appareils de ce dernier traité sont résumés dans une grande figure symbolique appelée la Chrysopée de Cléopâtre; ils paraissent les mêmes que les appareils distillatoires figurés avec plus de détails dans les manuscrits alchimiques grecs. Cléopâtre paraît avoir été en relation avec les gnostiques, de même que Marie la Juive, autre alchimiste, et plusieurs femmes savantes de son temps. Plus tard, elle a été confondue par les copistes et les commentateurs avec la célèbre reine d'Égypte du même nom. (M. Berthelot).

50  Oiseau de mer fabuleux, au chant plaintif (souvent identifié avec le martin-pêcheur, la mouette, le pétrel, le goéland, le cygne), considéré par les Grecs comme un signe d’heureux présage, parce qu’il ne construisait son nid, selon la légende, que sur une mer calme.

51  Oiseau du/des tropique(s). Oiseau du genre phaéton. « J'avais ouï dire (...) que les oiseaux du tropique annonçaient l'arrivée des vaisseaux d'Europe en les devançant de fort loin et en venant aborder avant eux » (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 161).

52  Substance organique molle, de couleur généralement cendrée, au parfum musqué, provenant des excrétions du cachalot et que l'on rencontre flottant sur les mers ou rejetée sur les côtes de certaines régions tropicales.

53  Genre de polypiers calcaires, dont les cellules ont une forme rayonnée ou étoilée et qui, en s’agglomérant, arrivent à former des récifs dans la mer.

54  Poisson de mer oblong, acanthoptérygien, à bec osseux, aux couleurs vives. On dit aussi : perroquet de mer.

55  Poisson osseux distinct du tétrodon par son bec formé d'une seule pièce en haut et en bas (d'apr. Lar. encyclop.). Les Diodons ou Poissons-Porcs-Épics ou Hérissons de mer portent bien leur surnom avec leur corps hérissé de longues épines qui peuvent se dresser verticalement et rendent leur capture délicate.

56  « Le serpent qui se mord la queue était adoré à Hiérapolis en Phrygie, par les Naasséniens, secte gnostique à peine chrétienne » (BERTHELOT, Orig. alchim., 1885, p.62).

57  Giovanni Battista della Porta, (né à Naples vers 1535, mort le 4 février 1615) est un physicien et alchimiste italien. Prodige d'érudition, il avait à peine 15 ans lorsqu'il composa sa Magie naturelle. Toute son œuvre témoigne de son goût pour le merveilleux. Il fut le fondateur de l'académie des Otiosi, puis de l'académie des Secreti dont le nom éveilla des soupçons de magie. Le pape Paul III la fit supprimer et interdit à Porta de se mêler plus longtemps d'« arts illicites ». Porta installa dans sa maison un riche cabinet de curiosités qu'il faisait visiter à tous les savants étrangers. Il en fit les honneurs à Pereisc. Il contribua fortement à répandre le goût des sciences physiques et naturelles. On lui doit la découverte de la chambre obscure, de nombreuses expériences d'optique. Il a beaucoup écrit sur les miroirs planes, convexes et concaves. Beaucoup d'historiens des sciences lui attribuent la découverte du télescope, bien qu'il n'ait jamais essayé de fabriquer un tel instrument et qu'il faille laisser cette gloire à Galilée.

58  L’édition de référence porte : « à partie » [p.80].

59  Paracelse et sa recette pour la création d’un petit-homme. « Du sperme viril doit être placé comme dans une cornue fermée, en état de suprême putréfaction, et continuer à se décomposer in ventre equino (c'est-à-dire dans un récipient rempli de fumier de cheval), et cela pendant quarante jours ou aussi longtemps qu'il faudra pour qu'il devienne vivant, se meuve et se remue, ce qui est aisé à observer. Au bout de ce temps, il aura approximativement l'apparence d'un homme, mais il sera transparent et sans corps. Si ensuite il est habilement nourri chaque jour avec arcano sanguinis humani (c'est-à-dire une préparation alchimique rouge désignée par son nom secret), et qu'il est tenu à la température constante ventris equinis, alors il naît un enfant humain vivant, avec tous ses membres, comme chez les enfants de la femme, seulement beaucoup plus petit. » Comme les enfants de la femme, qui se voit ainsi attribuer une cornue remplie de fumier de cheval.

Pour citer ce document

«Chapitre 3», Bibliothèque 19 [En ligne], Première partie, Le Tournoi de Vauplassans, mis à jour le : 16/06/2008, URL : http://bibliotheque19.ens-lyon.fr/index.php?id=62.