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Bibliothèque 19
Editions critiques de textes du XIXe

Deuxième partie

Chapitre 5

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Les réclamations de l’Amiral laissèrent François songeur. Il n’aurait jamais cru qu’une chose aussi simple que l’enlèvement d’une fille pût amener de pareilles histoires. Ses incertitudes le reprirent, et tandis que, tournant le dos aux quartiers huguenots, il se dirigeait sur La Châtre où il comptait coucher, il examinait tous les ennuis nouveaux dans lesquels allait le pousser son amour pour Madeleine.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Des arquebusiers à cheval l’accompagnaient, c’était l’escorte donnée par M. de Châtillon pour le conduire jusqu’aux environs de La Châtre, car on avait appris que de Morguen avait quitté avant lui les quartiers, et on craignait qu’il n’attaquât le comte de Bernage. L’Amiral ne voulait pas se voir reprocher le meurtre d’un envoyé du Roy. François, averti par un de ses hommes qui s’était enquis subtilement de toutes choses auprès des protestants, avait la certitude que de Morguen lui courrait sus au premier passage difficile où il lui faudrait s’engager. Lorsque, après avoir dépassé Saint-Benoît, on ne fut plus qu’à trois lieues de La Châtre, l’escorte d’arquebusiers se retira et François massa son monde en ordre serré, fit marcher deux cavaliers expérimentés à quelque cent pas en avant, et trois autres formaient arrière-garde à la même distance en arrière. Pour lui, il allait en tête du gros de la troupe, suivi par Aspar ; et l’on marcha désormais mèches allumées et la salade 1 passée au bras gauche, afin d’être prêt à tout événement. Le bagage, peu considérable, ne comptait que trois chevaux et une mule, on le laissa suivre, un peu en avant des derniers cava liers, et l’on hâta le pas, de telle sorte que l’on entra dans La Châtre avant la nuit, sans avoir rien rencontré sur la route.

  • 1  Partie de l'armure en usage en Europe au XV e (...)

Aussi le lendemain, comme on n’avait rien relevé d’inquiétant, se laissa-t-on aller à marcher avec moins d’ordre. François se faisait raconter, pour la vingtième fois peut-être, par Aspar, les moindres détails de l’enlèvement de Madeleine, puis il demeurait longtemps silencieux, se recueillant dans son bonheur prochain, impatient d’arriver, assailli par des craintes vagues, redoutant que, pendant son absence, on ne lui prît sa bien-aimée. Cette idée de trouver à son retour, la maison vide, lui faisait froid au cœur. Et il craignait aussi que de Morguen ne l’eût joué en faisant un faux départ, tandis que peut-être il se dirigeait sur Bourges par une autre route, avec une mission de l’Amiral pour réclamer Madeleine, l’échanger peut-être contre quel que autre prisonnier. Il fit donc battre la campagne avec soin, relever les moindres traces qu’auraient pu laisser les protestants, se jurant de courir sus au baron et à son monde, quitte à dire après que c’était lui, François, qui avait été attaqué. Et il imagina de ne plus quitter la sacoche de cuir gaufré contenant les lettres de l’Amiral, afin de l’exposer aux coups, de la faire éventrer dans la lutte, pour pouvoir ensuite en retirer les pièces qu’il jugerait à propos. Et dès lors il la porta pendue à son cou comme un écu en cantel 2 .

  • 3  Expression empruntée à Rabelais présente à (...)

Une maison se dressait près du chemin, avec des granges, des bâtiments couverts de toits pointus. Il fit demander des renseignements, et cette fois il en trouva. On avait vu passer, trois heures avant, une quinzaine de cavaliers à casaques blanches, mais ils ne s’étaient pas arrêtés, et on put seulement indiquer à François la direction qu’ils avaient suivie. Il en conclut que c’était de Morguen qui avait passé par Saint-Sévère en for çant les étapes pour l’attendre sur la route de Bourges. Et, content d’apprendre ces choses, il donna un écu à la femme qui lui répondait, embrassa sa fille et but du vin qu’il déclara extrêmement bon.

Et il s’enlevait plus léger sur sa selle, poussant son cheval. Sous le pâle soleil d’automne, la campagne s’étendait autour de lui, rousse et grise, et il trouvait un charme très grand à considérer toutes les choses, le cerveau excité par le vin, par l’attente du combat et surtout par Madeleine, qu’il rejoindrait dans deux jours.

— Son vieil entêté de père me l’a refusée en mariage. Cela ne l’aura pas beaucoup servi. La noce se fera sans prêtre, voilà tout ! — et aussi sans violons. Il m’en coûtera quelques milliers d’écus que je dois à Lazare et à cet estimable stradiot qui chevauche non loin de moi avec la mine engageante d’un faucon pèlerin !

Une pensée singulière vint le mettre en gaieté. Si l’on se battait avant d’arriver à Bourges, Aspar pouvait être tué, et cela serait pour lui un très grand pro fit. Il souriait à cette idée, regardant le stradiot qui, tout entier consacré à la supputation des bénéfices de son affaire, marchait le nez penché sur l’encolure de sa bête. Et François, considérant la façon dont il était armé, pensait que la maille est une mauvaise défense contre les balles des arquebuses et des mousquets.

Sous ses sabots, son grand cheval d’armes écrasait les touffes de plantes à fleurs tardives où butinaient en bourdonnant de grosses abeilles violettes et des mou ches rayées de noir et de jaune. Une odeur de foins fauchés s’épandait dans l’air avec les vapeurs fortes de la terre qui fume sous le soleil. Des creux, on voyait des buées monter. François, bercé aux mouvements de sa monture, se sentait pris de mollesse. Il lui semblait bon de vivre, et son cœur s’ouvrait aux voix de cette douce journée d’automne. Sa griserie s’accentuait, il devenait sensible, se trouvait meilleur, et, un moment, il se jura même de ne point faire violence à celle qu’il chérissait avec une si constante tendresse. Et il se jura de la respecter comme un de ces miroirs mystiques qu’un souffle des lèvres suffit à ternir, chassa loin de lui les images sensuelles qui se pressaient à ses regards troublés. Il repoussa définitivement la luxure et forma des projets d’union pure et de platonique adoration.

Puis, se rappelant ses devoirs militaires, il fit pi rouetter son cheval et, s’arrêtant sur le flanc de sa troupe, il laissa tout son monde filer en avant. De sveltes libellules aux ailes vitrées planaient ou rasaient le sol, emportées dans leur vol rapide comme des feuilles sèches dispersées au gré d’un grand vent. D’un coup de rapière adroitement envoyé, un page abattit un des brillants insectes qui, coupé en deux, s’abîma sur le sol où le tronçon ailé s’agita frémissant, avec un bruit de vélin froissé. François prit en pitié la misé rable bestiole. Il souffrit de la joie brutale de l’enfant qui, fier de son adresse, regardait en riant s’il était resté de la bête au tranchant de la longue lame, fine et mince comme la feuille d’un roseau. Et dans sa rêverie où montaient les vapeurs du vin, il se dit que cette grande mouche aimait aussi, peut-être, et qu’elle voltigeait à la recherche de son amie. Ainsi François, qui ordinairement ne rêvait que viols, sacs et carnages, entrait en commisération devant le meurtre d’un in secte.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Puis ses idées le menèrent ailleurs. Mais maintenant ce n’étaient plus les libellules qu’il voyait voler autour de lui, c’étaient les yeux de la reine du tournoi de Vauplassans. Il voyait sa chevelure plus légère qu’une mousse d’or, sa taille élégante et fine, son corsage de vierge. Et il ne pouvait croire qu’il la tenait prison nière à quelques lieues de là, qu’il la verrait demain ou après et qu’il serait son maître.

En haine du baron de Morguen, dont il connaissait toute l’histoire, il se décida à ne pas respecter Madeleine ; et il trouvait belle cette vengeance, de prendre, à ce vainqueur d’occasion, sa fiancée pour en faire sa maîtresse, et cela à son nez et à sa barbe. Et tout en pensant au plaisir qu’il aurait à fendre le moule du bonnet au baron Jacques, il se reporta en tête de ses hommes, afin d’être prêt pour l’attaque.

Mais, tandis qu’il faisait tourner sa canne, pensant pourfendre d’un coup toute une troupe, il se remémorait l’aventure du tournoi, et de Morguen lui apparut comme un adversaire redoutable, d’autant qu’une épée bien affilée portait de plus vilains coups encore qu’une lame émoussée. Une inquiétude le saisit :  

— Voyez-vous que cet apothicaire me pousse une grande estocade qui, par sorcellerie ou autres artifices, percera ma cuirasse et mon buffle ! Que le Maulubecque 3 me trousse ! Mais si je l’aperçois le premier, je lui envoie un bon coup de pistolet dans sa face bla farde de carême-prenant. Cet homme pâle a je ne sais quoi dans les yeux qui me trouble. Et il faudra que j’en finisse avec lui. J’en jure par sainte Anne d’Auray…

  • 4  Pièce d'armure qui protégeait le corps du (...)

Une balle qui s’écrasa sur le busc de sa cuirasse interrompit ses réflexions. Au milieu du bruit sec des détonations, il entendit siffler les projectiles comme une grêle ; à vingt pas à sa gauche, d’un petit bouquet de bois, s’élevait une nuée de fumée bleue. Les cavaliers de l’avant-garde revenaient au galop après avoir déchargé leurs arquebuses dans la direction de l’at taque. François fit faire un à droite à sa troupe et dé fendit à quiconque de tirer avant que l’ennemi fût en plaine. Trois de ses hommes étaient tombés et, près de lui, un chevau-léger, la tête couverte de sang, coula à bas de son cheval qui le traînait, la botte prise dans l’étrier, en s’égayant avec de grandes pétarades ; et à chaque saut de la bête le corps rebondissait sur le sol.

Atteinte en plein poitrail, la monture d’Aspar Basto pointa, battit l’air de ses pieds, puis se renversa sur son cavalier qui resta écrasé sous elle en vomissant tout son sang ; une balle avait traversé la poitrine du stradiot.

En le voyant tomber à son côté, François eut cette première idée que ce coup de feu lui faisait gagner trois mille écus.

— Maudite corbeille ! sifflait l’agonisant Aspar dont les poumons troués s’engorgeaient, voilà ce que me vaut ma sottise ! Dire que pour avoir oublié ce méchant panier dans le champ, je vais crever là comme un chien...

Et, attribuant encore son malheur au cheval qui buvait dans son blanc, il expira.

Il mourut en pleurant sur son or qu’il ne pouvait emporter avec lui, et il n’eut pas d’autres regrets. Et pourtant, devant ses yeux qui se voilaient tandis que son souffle plus rare amenait à chaque inspiration une écume sanglante à ses lèvres, passa peut-être la longue suite de celles qu’il avait traînées sur les marchés turcs, sans pitié pour leur faiblesse de femmes et l’an goisse affreuse de leur chair tremblante et nue.

Les chevau-légers coiffèrent leurs salades, et l’arquebuse à la main avancèrent obliquement dans la prairie coupée de petites mares où des accidents de terrain plus arides se couvraient de genévriers. Des pommiers tortueux, rabougris, allongeaient leurs branches noueuses comme des bras de malingreux, et de vieux châtaigniers avaient perdu leur écorce. Une petite rivière, dont le lit se creusait de fondrières, coupait le terrain à cent pas du chemin ; plus loin elle le rejoignait, puis un pont de bois le continuait. François comprit que c’était là la position utile à gagner, et, comme l’ennemi ne se montrait pas encore, il renonça à fouiller le petit bois, mais, reprenant son premier ordre de marche, il fit prendre le galop à sa troupe, gardant le bagage au milieu, pour occuper le pont avant l’ennemi.

Les cavaliers de M. de Morguen — car c’était bien lui qui avait tendu cette embuscade à M. de Bernage — sortirent du bosquet pour prendre les catholiques en flanc, et on les voyait se hâter dans la prairie où leurs casaques faisaient des taches blanches. Les deux troupes se mêlèrent, tourbillonnèrent quelques instants, au milieu du froissement strident des épées sonnant avec un bruit clair sur les casques, des détonations des pistolets, des cris des hommes s’incitant à faire ferme ou à pousser de l’avant. Sous les rayons du soleil brillaient les cuirasses et les lames, la fumée montait en spirales bleues, formant des orbes de plus en plus vagues, se perdant, très haut.

François, s’ouvrant à grands coups d’épée un passage à travers la presse, avait gagné, le dernier, le pont, et maintenant il en défendait seul le passage. De l’autre côté de l’eau, ses gens faisaient le coup de pistolet contre les huguenots, d’autres, en arrière, le rappelaient à grands cris, craignant qu’il ne reçût un mauvais coup. Deux chevau-légers, ayant mis pied à terre, se faisaient passer des arquebuses chargées et tiraient sur les casaques blanches, en abattant une à chaque coup. Aussi, voyant qu’ils perdaient du monde, les gens du baron Jacques commencèrent-ils à charger plus mollement. De trente qu’ils étaient, ils ne restaient plus que vingt, à peine. Les catholiques ne comptaient guère que quinze hommes, mais mieux montés et armés, ils se sentaient plus de courage.

De Morguen reprit du champ avec six cavaliers et revint au galop sur le pont pour renverser François et ouvrir le passage. Mais lui seul alla jusqu’au bout, ses cavaliers ralentirent, et il tomba l’épée haute sur son ennemi qui semblait ne plus vouloir quitter les planches que son cheval faisait résonner sourdement sous ses pieds. De Morguen se rua sur lui tête baissée et lui porta sous le busc de la cuirasse une estocade bien roide, pour lui transpercer le ventre. Mais les lames de la braconnière4 arrêtèrent le coup, l’acier trop sec de l’épée rompit sur le fer d’Allemagne, la lame se brisa avec un bruit clair sans trouver le joint des tassettes5 .

  • 8  
  • 9  Grande coupe à boire, le plus souvent en (...)

D’un formidable estramaçon, François riposta et fendit presque le crâne du baron, malgré la solidité de son morion6 ; puis, comme Jacques chancelait sous le coup, il le renversa, le frappant en plein visage de lagarde de son épée. De Morguen vida les étriers, perdant le sang par la bouche et les oreilles, crachant ses dents.

  • 11  Monnaie d'argent frappée à l'effigie d'un (...)

Alors les gens des deux partis poussèrent de grands cris de joie ; on eût dit qu’il s’agissait d’un tournoi ou d’un combat en champ clos. Il n’y eut point d’autre engagement, la chute du baron marqua la fin de cette bataille. François rejoignit les siens, et les huguenots restèrent à relever leurs morts et leurs blessés.

Mais, au bout d’une demi-heure de chemin, François s’aperçut qu’il avait perdu la sacoche de maroquin où étaient les lettres de M. l’Amiral. Il envoya cinq hommes pour la chercher. Ils la rapportèrent quelque temps après, mais ils l’avaient retrouvée dans l’eau et dans un tel état qu’à vrai dire ce n’étaient plus que des débris. Cependant François, le soir même, put vérifier le contenu et supprimer un long mémoire où l’enlèvement de Madeleine était longuement raconté. Suivait une proposition de rançon tellement élevée que du Perrier ou La Châtre n’eussent point hésité un seul instant à restituer Mlle de Gardefort.

François entra à Bourges deux jours après la bataille. Quand il se présenta à la porte des Augustins, le désordre de sa troupe n’échappa point à l’œil vigilant du sergent qui commandait la garde montante. Il vit des blessés, des chevaux sans cavaliers, et, ayant fait causer des hommes, il connut la vérité. Et le bruit courut dans la ville que les huguenots étaient aux portes et avaient battu les gens du Roy.

Mais le colonel du Perrier traitait alors ses officiers dans son hôtel de la rue d’Auron. Il ne voulut rien savoir de cette histoire et déclara qu’on ne devait point troubler son souper pour de pareilles fadaises, il serait toujours temps de s’en occuper le lendemain. Et il en voya prier François par un de ses gentilshommes de venir prendre bien vite place à table, car le second service allait commencer.

François n’eut que le temps de changer de costume, car il devait courir au festin de du Perrier. Et il avait trop besoin du gros homme pour le mécontenter gra tuitement par un retard prolongé. Aussi, surmontant sa fatigue, renonçant même à l’envie folle qui le tenait de voir Madeleine, il se dirigea vers la rue d’Auron, tout en lisant une lettre que lui avait écrite Mme de Vauplassans. Elle s’y plaignait amèrement du petit Bellegarde pour qui elle avait dépensé de fortes sommes en chevaux, en armes, en argent de jeu. Aujourd’hui, il la méprisait et la décriait partout. En terminant, elle racontait l’histoire de la touffe de chardons. Et François se résolut à tuer Bellegarde à la première occasion.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Quand il entra dans la grande salle basse où était dressée la table, il ne distingua d’abord presque rien, car au-dessus d’elle s’étendait une buée épaisse, flot tant comme un immense dais sur les têtes des con vives. Fumées des viandes et des sauces, vapeurs des vins chauds, nuées bleuâtres planant haut sur les cires, tout cela s’unissait en un brouillard dans lequel s’agitaient les officiers. Une rumeur montait, s’enflant par moments, elle roulait comme un flot, dominant de son bourdonnement le bruit des plats de métal, le tinte ment des verres, l’entre-choquement des pots et de la vaisselle.

Tous ces gens avaient d’abord parlé à voix basse ; puis, chacun cherchant à se faire entendre, on en était venu à crier à tue-tête. Au plus haut bout de la table, par révérence, on faisait moins de bruit, car du Perrier s’y tassait, formidable, assis en une large chaise, et la nappe qu’il avait tirée lui venait presque au menton. Ses mains, sans cesse portées d’un plat à un autre, saisissaient les viandes, séparaient les pièces de gibier. On les voyait se tremper dans les sauces, puis laisser des traces roussâtres sur le linge damassé. Devant lui se dressait une nef d’argent émaillé où l’on voyait un roi au milieu de sa maison écoutant un concert que lui donnait tout un orchestre de soldats et de marins.

Dès qu’il aperçut François, du Perrier lui envoya une serviette et un couvert de vermeil tirés de la nef, et il l’engageait à venir de son côté :  

Vous avez déjà manqué une cretonée 7 d’Espagne comme on n’en verra plus, un salmis de brochet épicé à la purée d’amandes ; n’allez pas laisser passer le chaudume d’anguilles ! C’est l’heure de manger et de boire d’autant, à demain les affaires sérieuses.

  • 15  Dans la Commedia dell’arte, Isabelle (...)

François le remercia et s’excusa ; il ne voulait pas déranger le colonel. Et il s’assit vers le milieu de la table, ce qu’il ne fit pas sans peine, car il fallut chasser de grands chiens qui se disputaient des os parmi les branchages qui jonchaient le sol.

Mais le maître d’hôtel glapit d’une voix haute, dominant le bruit :  

Le chevreuil entier entouré de poulardes, avec le veau haché et les œufs durs lardés de girofle !

Et, sur un grand plat d’argent porté par quatre hommes, arriva le chevreuil. Ses bois et ses pieds étaient dorés. Couvert de sa peau, il semblait sommeiller dou cement, le nez entre les pattes, et autour de lui des petits oiseaux en pâte, artistement modelés, nageaient dans une sauce fauve où des rondelles de citron brillaient comme de larges pièces d’or.

Du Perrier déclara que c’était là un beau spectacle. Au reste, les dames du couvent avaient fait magnifi quement les choses. La table était couverte de fleurs, les pieds des oiseaux peints en or, les chariots des bouteilles d’argent, et on voyait, en son milieu, un paon qui faisait la roue, entouré de faisans tout armés, et des poules couvraient de leurs ailes des œufs en or.

Mais, avant de manger du chevreuil, du Perrier voulut revenir à un plat d’écrevisses arrangées en grauce8 avec du lait d’amandes.

Et il envoya le plat à François en lui criant :  

Vous qui êtes un gaillard, cela doit vous connaître. L’écrevisse est une bête très utile à manger quand on est amoureux !

Tous se mirent à rire. François, soupçonneux, regardait le colonel, et craignait quelque indiscrétion. Mais du Perrier, passant à un autre sujet, faisait maintenant l’éloge du poisson à son voisin de gauche, un vieux capitaine de gendarmes, M. de la Hante, qu’on lui avait donné pour conseil.

— Le poisson n’est plus un plat à la mode, disait du Perrier, car il avait des prétentions aux belles manières ; c’est sans doute qu’on peut trop facilement s’en procurer.

— Les médecins nous en disent du mal, répondit M. de la Hante, et prétendent que la chair de ces animaux présente des vertus singulières et nuisibles. Cela ne me paraît pas raisonnable.

— C’est d’autant plus extraordinaire, opina un voisin, que les poissons sont exempts des maladies dont souffrent les autres bêtes. Le porc est souvent ladre, cela ne nous empêche pas de manger du boudin, et chacun sait que le chapon meurt fréquemment d’apoplexie.

Il y a, dit du Perrier, la bouche pleine, des choses plus remarquables encore. Pourquoi une tête de cerf-volant pendue au cou d’un enfant l’empêche-t-elle de pisser au lit ?

De la Hante avoua que c’était là un fait inexplicable. Mais son attention fut attirée ailleurs par une rémoulade de perdrix, et il se mit à parler de chasse avec un officier de canonniers qui buvait le vin gris dans un hanap 9 d’argent qu’il faisait partout porter avec lui. Car c’était un témoignage éclatant de la victoire qu’il avait remportée à Dreux sur un capitaine de lansquenets dont la dague montée en argent lui avait fourni de quoi faire fabriquer ce bocal.

Le vin montait dans les têtes, et les carrousses10, faisant le tour de la table, s’entrecoupaient de phrases vagues, de mots brefs, qui s’échangeaient et se confondaient dans un tumulte croissant.

Çà et là on entendait une note plus haute, celle du petit Bellegarde, qui criait :  

— Le seul cabaret de Paris où l’on puisse dîner est la Tête de More ; cela coûte deux écus pour le maître et un écu par laquais. C’est là, pas ailleurs, que vous mangerez le potage aux fèves nouvelles et aux œufs-pochés !

Le hasard avait mis François en face du petit jeune homme qui, cette fois, portait un costume de taffetas vert chatoyant, pailleté d’or, qui le faisait ressembler à un paon. Et il ne cessait d’ennuyer François qui lui jetait de mauvais regards, avec ses questions et ses remarques.

— Vous vous faites toujours, je pense, blanchir en Flandre ? disait Bellegarde ; cela nous revient assez cher, mais on ne sait où faire arranger ailleurs son linge. Je paye pour ce un teston 11 par pièce, c’est effrayant.

François répondit par un grognement et continua à manger du civet de cerf, qu’il arrosait de vin d’Arbois.

Le second service arrivait. Et le maître d’hôtel cria les mets : les cochons de lait, les poules rôties, hérissonnées farcies, oies à la sauce madame. Et un esturgeon énorme apparut, couché sur du persil ; une fleur était prise dans son long nez relevé. Du Perrier eut un mouvement de joie, et, après avoir porté la santé du Roy, il but aux dames de l’Annonciade ; chacun ap prouva, sans écouter. Par petits groupes, on se contait des histoires, et des lambeaux de phrases s’entre-cho quaient, en désordre.

Je vous le dis, monsieur de Préaumont, l’arque buse est l’arme des lâches...

Avec une paire de gants que lui avait donnée Mlle de Pontissac. Oui, monsieur. J’ajouterai même

Mais un autre s’écria :  

— Vous ne pouvez pas déployer ainsi vos ailes sous le feu...

— Elle s’appelle Mme de Vauplassans, cornebœuf s’écria le petit Bellegarde. Et je vous jure qu’elle a

François avait envie de le gifler, mais son voisin le tirait par la manche ; c’était un capitaine de gens de pied :  

Ce qui n’a pas empêché le bonhomme de donner mille écus, continuait ce capitaine de gens de pied, qui racontait une histoire insipide. Et toute la cour pourra vous dire qu’on les a trouvés couchés dans le même lit. À telles enseignes que le petit Lansac

Oui, messieurs, criait un gendarme ; c’est M. de La Noue lui-même

Mais le nom du terrible capitaine huguenot vint jeter un froid. Chacun, à ce moment, crut l’avoir sur les bras, et du Perrier tenait à le voir moins que personne. Il se rassura cependant, car de la Hante lui annonça que M. de La Noue chevauchait pour l’heure du côté des Charentes, contre M. de Montpensier. Et il atta qua des dauphins de crème, puis des oranges frites, et se fit verser du vin de Champagne.

La vertu des femmes est comme ces faux brillants qui nous viennent d’Italie !…

Ainsi parla M. de Chambouchard, des arquebusiers à cheval. Mais un alfier proférait sentencieusement :  

Le lupin 12 pris à petites doses empêche l’incontinence, et je

Mais des voix s’élevèrent, coupant sa phrase :  

— Vous êtes absolument soûl !

— Vous en avez menti par la gorge !

Et deux hommes bleus et rouges avec des cuirasses noircies voulurent se battre, puis ils s’embrassèrent. D’autres criaient sans pouvoir s’entendre :  

— À boire, coquin ! Et plus encore !

— Je veux que le Grand Diable d’Enfer m’emporte si elle n’avait pas des jarretières noires

— Un cheval jarreté perd toute sa valeur !

— Je vous tiens mille écus que ma chienne est par Folle et Baude, du chenil royal !

— Avec des boucles d’or fin !

— C’est Birague qui lui a fait croire cela pour sou tirer un bénéfice.

Et les clameurs montaient, assourdissantes. On criait, on parlait de choses vagues et qui se rappor taient aux épées, aux femmes, aux chevaux. Un jeune homme se mit à pleurer, parce que le velours bleu de sa casaque brodée de croix blanches avait traîné dans la sauce verte. Et son voisin, qui lui versait à boire, ne pouvait parvenir à le consoler. Un autre voulut prêcher, et il confondait la reine Candace 13 avec la reine de Saba.

Appuyé du bout des doigts à la table dont ses bras étendus l’éloignaient de toute leur longueur, François, maintenant pris de vin, demeurait rêveur et hautain. Sa figure était d’une blancheur mate, avec du rouge au coin des yeux qui paraissaient bridés, et cela leur donnait l’air inquiet. Le regard perdu dans le vide, il se mordait les lèvres en sifflotant, entièrement détaché de ceux qui l’entouraient.

En face de lui grimaçait Bellegarde, non moins ivre, qui racontait des histoires. Il y eut un moment de si lence, comme si tout le monde était fatigué de crier, et l’on entendit le seul bruit majestueux des mâchoires du colonel broyant un nougat avec le même calme qu’un hippopotame écrase entre ses meules d’ivoire les grands roseaux d’un fleuve africain. François, isolé dans sa rêverie, attira son attention.

— Pasque Dieu ! monsieur de Bernage, vous apparaissez dolent ! Vous serait-il arrivé quelque mésaven ture ?

Mais le petit Bellegarde s’écria :  

Loin de là ! Le capitaine de Bernage pense au contraire aux plaisirs qui l’attendent ce soir. Tout le monde sait qu’il a chez lui la plus jolie fille de France…

François lui envoya un regard que l’autre ne comprit pas, et flatté d’intéresser du Perrier, Bellegarde continua :  

Oui, certes ! C’est bien la plus belle. Je l’ai vue hier en appliquant une échelle le long de la maison de notre ami dont je suis séparé par un petit mur. Du reste, il n’est personne dans le Berry qui ne connaisse Madeleine de Gardefort, la reine du tournoi de Vauplassans…

— Vous mentez comme un laquais, et vous êtes le dernier des drôles ! cria François furieux de n’avoir pu lui couper la parole. Si vous ne vous taisez pas, je vous tuerai comme un chien que vous êtes !

— Je suis votre homme ! s’exclama Bellegarde. Mais il n’en est pas moins vrai que vous avez chez vous Madeleine de…

Il n’acheva pas sa phrase. François, le visage plus blanc que la nappe et où les yeux seuls vivaient, s’était levé tout d’une pièce. Saisissant une lourde salière d’argent, il la jeta à la tête de Bellegarde, l’atteignit en plein visage. La pièce d’orfèvrerie, lancée d’un bras aussi raide que le déclic d’un cranequin 14 , écrasa les chairs et broya les os. Bellegarde se balança un instant, puis tomba, la face en avant. Et au milieu des plats d’argent, des saucières fumantes, des verres renver sés, ses bras à larges manches rayées d’or battaient la table d’un mouvement rythmique et crispé, comme les ailes d’un papillon frémissant piqué sur une planche. De longs mouvements convulsifs firent trembler son corps, puis il demeura immobile, vautré sur la nappe où le sang et le vin qu’il avait vomis élargissaient une tache rouge.

Ce meurtre dégrisa certains. Les voisins s’étaient levés à la hâte pour éviter les taches. Aux côtés du mort, les sièges restaient vides ou renversés. Un grand silence se fit. François s’était rassis, très calme ; à peine son visage avait-il pris une expression plus dure, entre ses sourcils un pli montait, coupant son front où la balafre traçait une ligne rouge. Il but un grand coup de vin, puis tendit son verre à Lazare pour qu’il le remplît de nouveau.

Tous les regards allaient de François à du Perrier. Mais le colonel ne parut pas surpris de cette aventure.

— Bien touché, monsieur de Bernage ! dit-il tranquillement. C’est pour cette fois Goliath qui a vaincu David. Qu’on emporte cet ivrogne qui se permet de troubler le dîner. On verra demain ce qu’il convient de faire ; mais en tout cas, comme cette histoire s’est passée chez moi, j’en prends toute la responsabilité.

Et il se mit à la disposition de François, ajoutant d’un air important :  

Faites état de moi. On sait entre gentilshommes ce que parler veut dire ! Monsieur, je bois à votre santé !

Et il lui envoya un hanap plein de vin épicé, tandis que tous portaient sa santé. Puis du Perrier s’attendrit, car, malgré la saison avancée, les dames de l’Annonciade venaient de lui envoyer des fraises magnifiques. Il en mangea avec de la crème.

Des laquais emportèrent le corps, nettoyèrent la nappe et y étendirent des serviettes. L’orgie continua, et du Perrier ayant provoqué un grand Allemand à boire, le lansquenet roula sous la table, et on l’enten dait ronfler dans le feuillage. Le colonel en conçut de la joie, car il aimait tenir son monde en gaieté.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

L’on apporta des cartes, et François dut jouer pen dant une heure; mais il perdit deux cents écus qu’il avait avec lui. Il en profita pour se retirer sans attirer l’attention de du Perrier, qu’il craignait de méconten ter. D’ailleurs, il voulait s’en aller depuis longtemps, mais il n’osait, retenu par une crainte vague ; et plus le temps marchait, plus il se sentait lâche.

Il rentra à son logis accompagné de Lazare. Son crâne bourdonnait et lui faisait mal. Il se fit jeter de l’eau sur la tête, se parfuma, changea de vêtements. Puis il monta à l’étage où demeurait Madeleine.

François, quand il ouvrit doucement la porte, trem blait comme une feuille. Et il fut obligé de s’appuyer au mur pendant un moment. Écartant la portière de velours, il aperçut Madeleine qui lisait, assise dans un coin de la pièce, près d’un bahut qui portait un flambeau.

Édition Borel (collection « Nymphée »), 1899

Longtemps il la contempla, et comme fixé au sol, il demeurait immobile, n’osant pas avancer, comme si au moindre de ses mouvements, la délicieuse apparition dût s’évanouir. Et il contemplait sa figure douce et fine encadrée par ses cheveux blonds que doraient les rayons de la lumière, ses mains tournant les feuilles du livre, son pied chaussé de velours noir dont il entre voyait la pointe sous l’étoffe brune de la longue robe de chambre. Un peu penchée en avant, elle respirait doucement, et son souffle soulevait son corsage. Ses cils étaient si longs qu’ils ombraient ses joues, et ses paupières baissées étaient éclairées de lueurs roses.

Enfin, comme un poltron qui se rue à la bataille, il entra, fermant la porte derrière lui. Au bruit qu’il fit, Madeleine se leva brusquement, et, toute droite, blanche de terreur et sans voix, elle s’arrêta, tendant les bras en avant. Elle avait reconnu François.

Vivement, il marcha sur elle, et, avant qu’elle pût l’éviter, il l’avait saisie à la taille, étouffant ses cris désespérés sous ses baisers. Comme elle se raidissait, cambrant la taille, il la serra contre lui, tandis qu’elle s’épuisait à lutter, haletante. Elle fut matée en un instant ; alors elle se fit molle entre ses bras, et tout son corps était secoué par des sanglots.

François vit ses yeux démesurément ouverts et qui ruisselaient de larmes. Alors une grande pitié le prit, et l’asseyant sur une chaise, il se laissa couler à ses genoux, l’étreignant de ses mains tremblantes.

— Ne pleure pas ! disait-il. Ne pleure pas ! Si tu savais comme je t’aime ! Depuis que je t’ai vue pour la première fois, il y a de cela des mois, ton image est restée gravée dans mon cœur, et chaque jour je me demandais si je pourrais jamais te revoir. Ne te mets pas en colère contre moi, ne pleure pas surtout ! Car chacune de tes larmes est comme une goutte d’un poison subtil qui me pénètre le cœur ! Si tu savais comme j’ai été malheureux ! À ce tournoi où je combattais pour toi, ils ont attaché des chardons sous la housse de mon cheval, et j’ai été vaincu, j’ai reçu un coup d’épée sur le front. Vois, ils ont cherché à me tuer…

Elle l’écoutait, étonnée de lui trouver la voix aussi douce. Et, domptée par une émotion inconnue, elle se laissait alanguir, perdant conscience de toutes choses, comme endormie dans un songe où elle souriait dans ses larmes. Lui continuait, la tête inclinée sur ses genoux, l’enlaçant sans rudesse, de telle sorte qu’elle ne cherchait plus à se dégager.

— Tu es si belle ! Qui pourrait te voir sans t’aimer ? Depuis que je t’ai aperçue revenant du prêche, je n’ai pu penser à une autre qu’à toi. Jamais tu n’as quitté mon cœur, et ta beauté y met une joyeuse clarté, qui illumine ma tristesse. Écoute, ne sois pas sans pitié pour moi, est-ce ma faute s’ils n’ont pas voulu que je sois ton époux, s’ils m’ont chassé de ta présence ? Pouvais-tu penser que je t’oublierais et que ma tendresse passerait comme l’eau du ruisseau ?

Jamais on ne lui avait dit de pareilles choses, et défaite, à demi pâmée, elle se renversait dans sa chaise, les mains en avant, cherchant malgré elle le visage de François. Elle n’avait plus peur, mais se laissait bercer, à entendre ses paroles, comme par une musique délicieuse. Les préceptes du livre, les devoirs envers Dieu, les sentiments du monde, tout cela s’envolait de son âme, et elle semblait s’éveiller d’une nouvelle vie tandis que son cœur lui paraissait s’élargir à faire éclater sa poitrine. Ses larmes coulaient doucement, tombant sur la tête de François ; mais ses yeux riaient pendant qu’il continuait à lui parler d’amour :  

— Viens avec moi, ma bien-aimée, mon cœur, viens avec moi ! Nous irons ensemble très loin, dans le château de ma mère qui t’aimera comme je t’aime, et tu seras ma femme devant Dieu. Je quitterai l’armée, je quitterai tout ne voulant plus connaître d’autre monde que la joie de tes lèvres et la clarté de tes yeux !

Il l’attirait contre lui, sans qu’elle se défendît. Sa tête roula sur son épaule et s’abandonna à ses baisers, tan dis que sa chevelure se dénouant s’épandait comme une nappe d’or fondu sur le velours de son corsage. Il la saisit dans ses bras, l’emportant vers le lit, buvant les larmes de ses yeux, l’engourdissant par des paroles douces et n’ayant pas de sens, comme les mères en disent aux nourrissons.

Et dans la grande pièce où les cires mourantes coulaient dans le chandelier de cuivre en jetant des lueurs tremblantes qui faisaient danser les ombres, on n’entendit plus d’autre bruit que la chute sourde des jupes de velours, le craquement des agrafes. Quand elle fut dévêtue, François la porta sur le lit. À ce moment, la dernière cire s’éteignit après avoir jeté une lueur suprême qui empourpra les rideaux et éclaira en plein, sur l’oreiller en point de Venise, le visage de Madeleine de Gardefort.

Il se leva de grand matin, s’échappa de la chambre comme un malfaiteur, en laissant sa maîtresse dormir. Quoi qu’il en eût, il se sentait gêné. D’ailleurs, il avait pour excuse les intérêts du service, et il passa chez du Perrier qui le reçut dans son lit, entre une comédienne et un grand chien. Le colonel se montra absolument indigné de la conduite des huguenots, déclara qu’il allait en écrire au Roy, et qu’à partir d’aujourd’hui il considérait tous ceux de la Religion comme hors la loi. Et, attirant la tête de François à toucher la sienne, il lui dit à l’oreille que l’affaire du petit Bellegarde était arrangée : d’un unanime accord on avait reconnu qu’il avait grossièrement insulté M. de Bernage.

— Quant à la poulette que vous avez chez vous, faites-en ce que vous voudrez. J’ai dit au gouverneur que c’était une mauvaise huguenote de petit lieu, et j’ai envoyé promener l’archevêque en lui faisant comprendre que c’était de moi, et non de lui que relevait la juridiction des gens de guerre. Allez donc en paix ! D’ailleurs, nous partirons sous peu pour tenir le pays, par conséquent vous pourrez emmener votre Isabelle 15 avec vous, tout comme j’emmènerai les miennes. Adieu.

Et du Perrier se renfonça dans son lit, regardant s’éloigner François avec un sourire vague, car il le considérait comme un bel oiseau doré qu’il se proposait de plumer.

2  L'écu achanté ou en cantel était l'écu placé sur le côté.

5  Pièce de l'armure, faite d'un seul morceau de métal ou de plusieurs parties articulées, qui protégeait le devant de la cuisse.

6  Casque léger des XVI e et XVII e s., à bords relevés devant et derrière, et à calotte sphérique.

7  Mot inexistant dans les divers dictionnaires consultés. Il figure en revanche dans une recette de cuisine proposée par un bourgeois de Paris en 1393 : « cretonée de pois nouveaulx ou fèves nouvelles », sorte de purée épaisse et nourissante.

10  Réunion, partie de plaisir où l'on boit copieusement. Expr. vieillie et littér. Faire carrousse : boire sec.

12  Plante herbacée annuelle à feuilles alternes digitées dont les fleurs se dressent en longs épis coniques, cultivée comme fourrage, comme engrais, ou pour ses qualités ornementales, et dont la graine fut utilisée comme aliment principalement dans l'Antiquité.

13  Lorsque le monde indo-européen acquit assez de force militaire pour se lancer à la conquête des vieux pays qui l’avaient civilisé, il se heurta à la résistance farouche, irréductible, d’une reine dont la volonté de lutte symbolisait l’orgueil national d’un peuple qui, jusque-là, avait fait marcher les autres sous ses lois. Il s’agit de la reine Candace du Soudan qui impressionna toute l’antiquité par la résistance qu’elle opposa à la tête de ses troupes aux armés romaines de César-auguste. La perte d’un œil au combat ne fit que redoubler son courage ; le mépris dont elle témoignait pour la mort, son intrépidité forcèrent l’admiration, même celle d’un chauvin comme Strabon :
« Cette reine eut un courage au-dessus de son sexe. »
Le nom Candace fut souvent adopté par les reines postérieures, en souvenir de sa résistance glorieuse.

14  Arbalète à pied ; cric permettant de tendre la corde de l'arc des plus puissantes arbalètes de chasse et de guerre du XV e siècle.

Notes

1  Partie de l'armure en usage en Europe au XV e et au XVI e sc ; sorte de casque ouvert ou fermé, très bombé, à visière courte et à couvre-nuque.

3  Expression empruntée à Rabelais présente à la fin du prologue de Pantagruel ainsi que dans celui de Gargantua. C’est une locution gasconne qui signifie : Que l’ulcère aux jambes vous fasse boiteux (traduction de Pierre Michel.)

4  Pièce d'armure qui protégeait le corps du bas de la cuirasse jusqu'à mi-cuisse.

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9  Grande coupe à boire, le plus souvent en métal et munie d'un couvercle, en usage surtout au Moyen Âge.

11  Monnaie d'argent frappée à l'effigie d'un monarque, d'abord en Italie, puis en France sous le règne de Louis XII, et qui valait à l'origine environ dix sols.

15  Dans la Commedia dell’arte, Isabelle symbolise la jeune première. En raison de son rang aristocratique, son costume est somptueux, tel un habit de cour. Avec son amour Lélio, elle est à l’origine des amours contrariés, des conflits et des jalousie qui figurent l’aspect psychologique de la Commedia dell’arte. Elle est ravissante, gracieuse et raffinée.

Pour citer ce document

«Chapitre 5», Bibliothèque 19 [En ligne], Le Tournoi de Vauplassans, Deuxième partie, mis à jour le : 16/06/2008, URL : http://bibliotheque19.ens-lyon.fr/index.php?id=85.